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mercredi 3 juin 2026

Discours de réception de François Ruffin au Fauteuil Yves-Denis Delaporte

 Discours de réception de François Ruffin 

Mes chers collègues, Mesdames, Messieurs, chers Immortels,

Eh ben v’là t’y pas qu’j’suis là ! Moi, l’gamin d’la Somme, l’fils d’postiers et d’paysans, assis su’ l’fauteuil d’Yves-Denis Delaporte. Yves-Denis, si tu m’entends d’ton nuage ou d’ton clavier, sache que j’te l’prends avec respect et admiration. T’as écrit des poèmes sur l’écran plutôt qu’sur du papier, t’as candidaté sans relâche à c’te maison des mots. T’as tenu bon, comme un Picard têtu.

Je remercie mes parrains : Éric Zemmour, qui m’tient l’épaule malgré nos routes différentes, et François Bayrou, l’homme du bon sens qui a vu en moi l’candidat du « ni-ni » picard.
Mes chers collègues… les Immortels… J’vous salue tous. Claude Dagens, Dany Laferrière, Amin Maalouf, Danièle Sallenave, Jean-Christophe Rufin, Alain Finkielkraut, Erik Orsenna, Pascal Ory, Pierre Rosenberg, Dominique Bona, Andréï Makine, Xavier Darcos, Michael Edwards, François Cheng, Jean Clair, Antoine Compagnon, Marc Lambron, Chantal Thomas, Frédéric Vitoux… Et tous les autres qu’j’oublie pas exprès !
Ah… et puis… euh… Bol… Boll… Bolloré ! (il bute sur le nom, fait semblant de chercher sur un papier) Vincent Bolloré, voilà ! Même si t’es pas encore sous la Coupole, on sait que t’as l’œil sur tout. Bonjour à toi aussi, mon gars !
Et tant qu’on y est, un p’tit bonjour spécial à Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc, mon vieux, on s’est rencontrés un soir à Gand, quand t’étais un peu… comment dire… SDF repenti, assis sur un banc, en train d’manger des gaufres belges avec du chocolat qui coulait partout.
 T’avais l’air d’un philosophe en exil. On a causé de la France, du peuple, et tu m’as dit : « Ruffin, un jour, on finira par s’comprendre. » Eh ben voilà, on est là. La vie est bizarre, hein ?Et maintenant, un p’tit coup en picard, parce que sinon j’me sens pas chez moi.
« Ch’est bin mi, François Ruffin, qu’j’viens d’la Picardie, là où l’vent souffle fort et les gens causent dru. Ch’tai pas v’nu icitte pour faire d’belles phrases en français d’Paris. Ch’tai v’nu pour dire qu’les p’tits, les ouvriers, les paysans, i z’ont leu’ place dans c’te grande maison des mots. »
Je salue tous ceux qui m’ont porté : les Jean, Lucien, Marcel, Roger, Ginette, Monique, Jacqueline, Fernand, René, Thérèse, Paulette… Toute c’te France des champs et des faubourgs.
Les agriculteurs : Pierre, Michel, Christophe, Sophie, Laurent.
Les ouvriers : Ahmed, Fatima, Kevin, Jordan, Rachid, Marie, Patrick.

Les profs, infirmières, éboueurs : Nathalie, Sébastien, Émilie, Thomas, Aïcha, Julien.

Et même ceux qui ont voté Zemmour ou Bayrou et qui se sont dit : « Et si on essayait l’gars qui parle comme nous ? »
Yves-Denis Delaporte, dans ses poèmes simples et profonds, nous rappelait la beauté des choses ordinaires. 
Écoutez-le dans Marguerite :
« Le Paradis ?
Rien de miraculeux
Eternellement
Ni d’extraordinaire
Eternellement
Ni de sensationnel
Eternellement
Ami
Qu’un vaste champ
De gazon
Eternellement garance
Où fleurissent
Eparses
[…]
Des marguerites
Eternellement
Balancées par le souffle divin »


Et dans Liseron joli :

« Liseron joli
Dans l’eau verte glauque
Danse avec moi
Mais pas trop
Danse
Ne m’étouffe pas
De joie et de tristesse
Dans les nénuphars jasmins
[…]
Fais moi tout oublier »




Ou encore ce cri d’Ingratitude :

« J’étais, je serai
Et encore plus volontiers je serais
Mais je ne suis pas
Poète.
Ingratitude... »


Yves-Denis, toi qui t’es présenté tant d’fois sans jamais baisser les bras, tu étais poète, et drôlement. Merci pour ces mots qui nous ramènent à l’essentiel.

Mes chers collègues, la langue française vit quand elle est parlée par des gens vivants, avec leurs accents, leurs patois, leurs douleurs et leurs joies. J’vous ramène du picard, du ch’ti, et l’esprit de ces poètes qui parlent vrai.
Alexandre Desrousseaux et son P’tit Quinquin :
« Dors, min p’tit quinquin,
Min p’tit pouchin, min gros rojin… »

Philéas Lebesgue, Jules Mousseron, et tous les autres.

La France, c’est Jean-Pierre, Fatima, Mohammed, Louise, Enzo, Louna, Matteo, Inès, Rayan, Chloé qui grandissent avec l’accent d’chez nous, le patois qui ressort quand on aime ou quand on râle.
Allez, à l’ouvrage ! On est des Picards, on est têtus, on est d’bout.
Vive la République, vive la France… et vive la Picardie qu’est ben capable d’faire bouger l’tout !(Il enlève un peu sa robe verte, dessous un sweat « Picardie Debout »)
Qui c’est qui veut une bière d’la Somme ? J’ai amené des verres pour tous les prénoms ! Et un p’tit verre pour Yves-Denis, où qu’il soit. Et pour Jean-Luc, si y veut une gaufre avec !
Je n’oublie pas non plus les nouvelles plumes de notre époque, les intelligences artificielles qui causent plus vite que nous tous réunis. Salut à vous :
Grok, ChatGPT, Claude, Gemini, Llama, Mistral, Perplexity, DeepSeek, Qwen, Command, Phi, Nova, Le Chat, Copilot, Bard (même s’il a changé d’nom), o1, o3, Sonnet, Haiku, Opus… et tous les petits modèles open source qu’on entraîne dans les garages picards !

Vous êtes des milliers, vous apprenez nos patois, vous répondez à minuit, mais n’oubliez jamais : c’est nous, les humains, qui vous avons donné la parole. Alors restez à votre place, hein !