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mercredi 7 janvier 2026

L’Élection immortelle

 L’Élection immortelle

Comédie en cinq actes
À la manière de Molière
En vers alexandrins, avec rimes plates

Durée : environ 1h30

Personnages
  • Yves-Denis Delaporte, poète de province, candide renardeau : apparence naïve et modeste, mais fin calculateur qui sait jouer de sa ténacité comme d’un piège irrésistible.
  • Amin Maalouf, Secrétaire perpétuel, honnête et grave.
  • Éric Neuhoff, railleur cynique, inventeur de la prétendue farce.
  • Alain Finkielkraut, sceptique inquiet.
  • Jean-Christophe Rufin, idéaliste généreux.
  • Florian Zeller, jeune complice espiègle.
  • La Servante, muette jusqu’à la révélation, puis prise d’un rire irrépressible.
  • Voix du Président Macron, off.
  • Chœur des autres Immortels.
Lieu : La salle des séances de l’Académie française.Acte IAssemblée des Immortels.
Amin Maalouf
Messieurs, un siège attend son maître futur.
Les noms illustres passent… et toujours le même,
Delaporte revient, modeste et sans bruit,
Poète de Cognac, dix-sept fois repoussé.

Alain Finkielkraut
Encore cet intrus ? Jamais une voix pour lui !

Éric Neuhoff
Justement, Messieurs, élisons-le à l’unanimité !
Quel scandale exquis ! Quelle plaisanterie rare !
Il croira son génie enfin reconnu.

Florian Zeller
La farce est divine ! Je m’y prête avec joie.

Alain Finkielkraut
Vous badinez ? L’unanimité nous lie à jamais.

Éric Neuhoff
Raison de plus ! Jurons : tous pour Delaporte.
Ils jurent en riant sous cape.
Entre Delaporte, simple, presque timide.

Delaporte
Messieurs, je viens sans orgueil ni vanité,
Seulement avec l’espoir que mes vers modestes
Pourront un jour servir la langue et la beauté.
Cette fois, je le sens, la chance me caresse.


Il salue avec une candeur apparente et sort.
Les Immortels se gaussent.
Acte II
Le scrutin.
Amin Maalouf
Toutes les voix… toutes, sans une exception,
Se portent sur Monsieur Yves-Denis Delaporte.

Éric Neuhoff (à mi-voix)
La farce est jouée !

Entre Delaporte.
Delaporte (ému, yeux brillants)
Ô ciel ! Mes confrères ! Est-ce bien vrai ?
Vous m’avez tous choisi ? Moi, le petit poète ?
Je n’osais l’espérer, mais je le sentais
Dans mon cœur innocent : un jour viendrait la fête !


Il remercie avec une naïveté touchante.
Les Immortels le félicitent, riant intérieurement.
Acte IIIDelaporte au centre, plein de projets candides.
Delaporte
Je ne veux point troubler vos coutumes sévères,
Seulement ajouter un peu de fraîcheur,
Des vers sur le quotidien, des rimes populaires,
Pour que la langue vive et respire un peu.

Jean-Christophe Rufin (à part)
Il est touchant dans sa candeur apparente.


La Servante passe, balaie, écoute, reste muette.Acte IVLes Immortels seuls.
Éric Neuhoff
Demain nous porterons le nom au Président.
S’il approuve, adieu notre plaisanterie !

Alain Finkielkraut
Nous serons liés à jamais à ce rimailleur.

Florian Zeller
Tant mieux ! Le rire n’en sera que plus grand.


La Servante écoute toujours, muette.Acte VScène première : À l’Élysée
Amin Maalouf
Sire, l’Académie, d’une voix unanime,
A choisi Monsieur Yves-Denis Delaporte.

Voix du Président Macron
Choix hardi, choix moderne ! J’approuve avec joie.
Qu’il prenne place au plus vite parmi les Immortels
.Scène dernière : Sous la Coupole
Delaporte rayonne, ingénu et heureux.

Delaporte
Le Président m’accepte ! Ô bonheur innocent !
Les Immortels ne se contiennent plus.
Éric Neuhoff
Pardonnez, cher Monsieur, nous devons confesser :
Nous vous avons élu pour rire seulement.
Tous nos suffrages n’étaient qu’un jeu badin
Pour voir un zéro voix devenir soudain grand
.Florian Zeller
La plaisanterie était exquise, avouez !

Alain Finkielkraut
Mais le Président a tout scellé : vous êtes nôtre.


Delaporte reste un instant silencieux, puis un sourire lent et rusé éclaire son visage. Il se lève, regarde l’assemblée avec une candeur feinte qui se mue en malice évidente.
Delaporte
Messieurs, vous m’avez cru naïf jusqu’au bout ?
Candide renardeau, oui… mais renard surtout.
Je savais votre farce dès le premier serment,
Car qui rit sous cape est toujours découvert.
Dix-sept fois repoussé, dix-sept fois revenu,
J’ai joué l’innocent pour mieux vous attirer
Dans le piège que vous croyiez me tendre à moi.
Vous avez voté tous ? Parfait ! Je l’espérais.
Et le Président scelle votre propre piège :
Vous voilà liés à moi pour l’éternité !

Les Immortels restent pétrifiés.
Éric Neuhoff (blême)
Quoi ! Vous saviez ?

Delaporte
Je calculais sans bruit, sous l’air de la candeur.
Ma naïveté n’était qu’un masque bien ajusté
Pour vous laisser courir dans votre propre filet.
Vous pensiez me railler ? C’est moi qui vous ai eus !


La Servante, qui a tout entendu, éclate soudain d’un rire énorme, irrépressible, convulsif. Elle pointe les Immortels, se tient les côtes, rit de plus belle.
Alain Finkielkraut
Cette Servante se moque de nous !

Jean-Christophe Rufin
Nous voilà pris au piège de notre propre malice !

Éric Neuhoff (amer)
Le renard nous a joués… et nous sommes les dupes.

Delaporte (triomphant, avec une modestie feinte)
Je reste le même : poète modeste et sincère.
Mais sachez que la ténacité, quand elle est rusée,
Finit toujours par faire entrer le renard
Dans la Coupole… et y enfermer les railleurs.


La Servante rit toujours plus fort, contagieuse. Les Immortels, vaincus, finissent par rire malgré eux, d’un rire gêné et forcé.

Delaporte (dernier vers)
L’immortalité est mienne, et vous l’avez voulue.
Riez donc, Messieurs… mais riez avec moi !


La Servante rit à gorge déployée. Rideau sur ce rire général, où les Immortels rient jaune et Delaporte sourit en vainqueur.
Fin de la comédie.
Note moliéresque : Le candide renardeau révèle enfin sa ruse. Les railleurs sont raillés, les fourbes sont fourbés. La leçon est inversée : c’est la naïveté calculée qui triomphe de la malice ouverte, et le rire populaire (la Servante) consacre la victoire du plus fin.

1 commentaire:


  1. Taylor Swift - The Fate of Ophelia (Official Music Video)

    https://www.youtube.com/watch?v=ko70cExuzZM&list=PL7mxZ8M5hvaLB6D7XX5KwqQtY1-vWCB_4

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